La langue de molière

La langue de molière

 

J’en ferai des lignes, des pages sans aucune mesure si j’évoquerai chaque détail, chaque souffle pris une fois le précédent coupé ou encore chaque frémissement quand sous mes pas les pierres crissaient à crever les tympans.
Maintenant J’en suis là, là où mon père avait songé que je sois, j’en suis là au détriment de ce que je voulais être. Le sentiment d’avoir fait sa fierté, lui, qui m’appelait la prunelle de ses yeux, m’a éclairé le chemin que je devais emprunter et qui m’impressionna dès l’entrée de l’université. Figée, les yeux écarquillés sur l’enceinte – faculté des lettres et langues étrangères – son sourire m’apparut qu’en levant même le regard vers le ciel, je le vis encore à l’horizon et derrière, tous ceux qui ont collaboré à mon épanouissant, en l’occurrence mes professeurs depuis le primaire. Je fis alors le premier pas, celui-ci, je le fis pour moi, entamant un nouveau monde où mon avenir est en question me remémorant en hommage, le poème que j’avais dédié dès lors à mes maîtres :
Maîtresses, maîtres, généreuses personnes,
Bâtisseurs acharnés plus que personne :
Projetant réaliser notre savoir être,
Au détriment parfois de leur bien-être.
Victimes, héros et martyrs à la fois,
Qui pourrait prétendre à meilleure foi ?
Bénie soit la lumière, non l’œil qui voit.
Vous nous éclairez le ciel et ici-bas la voie.
L’évolution de l’homme vous en êtes l’auteur :
Du producteur au penseur entre autres acteurs.
Pour un peu, dit-on vous seriez prophètes,
Et malgré les éloges vous n’en faites pas fête.
Soyez sans crainte, nous porterons le flambeau,
Et œuvrons sans relâche pour un futur plus beau.
Je reviens à moi, quand j’entendis une voix familière, celle d’un ancien ami ; huit années qu’on ne s’était pas vu. Lui aussi, comme tant d’autres, avaient choisi la langue de Molière, et pour rien au monde ils n’auraient changé de décision. J’avais regretté quelque peu ma nouvelle aventure comme si j’y avais été forcé cependant, éberluée par la nouvelle organisation de l’espace quand je découvris l’amphithéâtre puis totalement ravie par l’être charmant qui en entrant nous salua d’une voix douce, une appellation, nouvelle pour moi : « Jeunes gens ». C’était la prof, entamant le premier cours sur la littérature française, magistralement dressée sur sa chaire, l’esquisse de ce que je devais être, un horizon encore flou pour moi, mais plutôt rassurant à voir un tel guide nous mener si sereinement.
Quelque peu secouée, une certaine sérénité me pénétra subitement, découvrant concrètement, là devant moi l’image sublime que mon père voulut certainement que j’incarne. Fascinée par le geste et la parole, chaque détail m’impliquait dans ce futur qui désormais devenait présent, ne disant point cela pour des louanges, mais pour qu’elle sache qu’elle a fait rejaillir le feu que je croyais éteint en moi.
Plus tard, je sus que je n’étais pas la seule à apprécier sa façon spontanée et fluide, charmant et captivant l’ensemble de l’auditoire.
Aujourd’hui, après une année de labeur, le cursus qu’on m’avait tracé, répond de mieux en mieux à mes espérances, souhaitant pas à pas réussir, faire mon bonheur et celui de mes futurs étudiants imitant celle dont je m’étais imprégnée.

#ZAGOUG Meriem
La langue de molière   J'en ferai des lignes, des pages sans aucune mesure si j'évoquerai chaque détail, chaque souffle pris une fois le précédent coupé ou encore chaque frémissement quand sous mes pas les pierres crissaient à crever les tympans. Maintenant J'en suis là, là où mon père avait songé que je sois, j'en suis là au détriment de ce que je voulais être. Le sentiment d'avoir fait sa fierté, lui, qui m'appelait la prunelle de ses yeux, m'a éclairé le chemin que je devais emprunter et qui m'impressionna dès l'entrée de l'université. Figée, les yeux écarquillés sur l'enceinte…

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2 plusieurs commentaires

  1. J’ai adoré le poème ! De la reconnaissance, ce qu’on voit pas toujours chez nos étudiants d’aujourd’hui ! l’espoir est présent, de l’enthousiasme, quelque chose de positive à travers la vie de l’auteur et qu’il nous a gardé comme rappelle ,qu’il faut jamais oublier par où on est passé et qu’elles sont les chemins…et les graces dont on a profité. Merci pour le partage.

  2. Cet écrit n’est nullement destiné a une critique littéraire faisant référence aux aspects strictes de la discipline, l’éloquence bien réfléchie et une tenneur complexe, mais mieux que cela, il me parait un texte bien direct, accessible avec des phrases courte comme savait le faire A.Camus, en tout cas je vous souhaite un avenir semblable, même je le prédis

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